Internet permet de publier des informations à l’échelle mondiale de manière quasi instantanée. Il s’agît donc d’un outil formidable pour s’informer en temps réel de ce qu’il se passe dans le monde.
Malheureusement, une bonne partie des informations que l’on trouve sur internet sont erronées, trompeuses ou incomplètes. Appelées fake news, ou fausses nouvelles, ces informations sont de plus en plus difficiles à discerner.
Afin de mieux les repérer, et d’apprendre à s’en protéger, je vous propose un petit tour d’horizon de la problématique.
Wikipédia
Pour débuter, parlons de la célèbre Wikipédia, la plus grande encyclopédie en ligne.

Wikipédia propose, gratuitement, la lecture de 270 millions d’articles, traduits dans 300 langues, et couvre de nombreux sujets :
- des biographies de personnes célèbres
- des informations géographiques (villes, pays, …)
- des informations historiques (évènements, dynasties, …)
- des informations sur les œuvres artistiques (livres, tableaux, …)
- des informations sur les découvertes scientifiques (mathématiques, physique, …)
Qui écrit sur internet ?
Il s’agît de la question centrale des fake news.
Comme nous l’avons vu, il y a 270 millions d’articles sur Wikipédia. Mais qui peut les écrire ? La réponse est simple : tout le monde.
Et c’est souvent le cas sur les sites internet : réseaux sociaux, forums, blogs personnels, plate-formes de contenu, tout le monde peut publier sur ces sites internet.
Ce qui est un problème : pour s’exprimer sur un sujet, il n’est donc pas nécessaire de le connaître. Même sans être malintentionné, un internaute qui pense connaître un sujet peut ainsi propager des bêtises sur les réseaux sociaux !
Mais alors, si tout le monde peut écrire sur Wikipédia, ça veut dire que Wikipédia n’est pas fiable ?
Retour aux sources
La question est bien sûr plus complexe que cela.
Sur internet, les informations peuvent être relayées. Cela veut dire qu’une personne peut, par exemple, poster sur un réseau social une information qu’il a lu quelque part. S’il a bien partagé l’information, il n’en est cependant pas l’auteur.
L’auteur originel de l’information est appelé la source de l’information.
Puisque tout le monde peut publier sur internet, connaître l’auteur d’une information est très important : est-ce une personne qui connaît le sujet, est-ce une personne qui était sur place quand l’évènement s’est produit ?
Ces questions permettent de savoir si la source d’une information est fiable.
Lorsqu’on rencontre une information sur internet, il faut toujours pouvoir identifier sa source, et pouvoir vérifier si elle est fiable. Si ce n’est pas le cas, il n’y a pas possibilité de vérifier si l’information est valable, car nous ne pouvons même pas contacter la source pour vérifier par soi-même.
Même si une information nous paraît vraisemblable, s’il n’y a pas de source fiable, il faut considérer l’information comme n’étant pas valable, car il n’y a pas de moyen de la vérifier.
La fiabilité de Wikipédia
Comme mentionné dans les principe fondateurs de Wikipédia, l’encyclopédie interdit les recherches originales (ou travaux inédits) sur un sujet.
Cela signifie qu’il est interdit, même pour un chercheur, de publier ses propres travaux sur Wikipédia.
En réalité, les contributeurs de Wikipédia sont censés publier dans l’encyclopédie des citations venant de sources externes, tout en référençant ces sources, afin que les lecteurs puissent eux-même faire le travail de vérification si besoin.
Wikipédia ne propose donc pas un système infaillible permettant de croire n’importe quelle information de manière aveugle, car c’est tout simplement impossible. Il propose par contre la garantie de pouvoir aller vérifier soi-même la source si une information nous paraît douteuse.
C’est un point très important. Tout le monde peut écrire sur Wikipédia. Mais une personne écrivant une fausse information ne pourra pas en donner la source, il sera donc impossible de vérifier si l’information est vraie. Puisque l’information n’a pas de source, il faudra donc la considérer, a priori, comme fausse, même si elle nous paraît justifiable.
La détection des fake news est un processus actif : il faut mettre en doute les informations qui nous sont présentées, estimer si elles ont l’air fiables, et les vérifier par soi-même si besoin.
Par ailleurs, il n’y a pas de méthode absolue pour vérifier la pertinence d’une information, il s’agît plutôt de savoir estimer un degré de fiabilité : certaines informations ont l’air très fiables car elles sont citées par de nombreux experts, d’autres ont l’air fantaisiste mais sont peut-être vraies, certaines peu crédibles…
Wikipédia a mis en place certains outils afin d’aider à repérer les informations qui peuvent manquer de fiabilité.
Par exemple, les pages concernant des évènements récents ou en cours sont marquées d’un bandeau invitant à la prudence :

Lorsqu’une information importante est donnée sans être sourcée, celle-ci peut être marquée comme telle, par n’importe quel contributeur à l’aide d’une annotation ‘référence souhaitée’, qui invite à la prudence :

Afin de compléter ces remarques, notons qu’il est important de réfléchir au contexte dans lequel les informations sont présentées.
L’article Wikipédia sur la ville de Paris est un article généraliste qui intéresse potentiellement beaucoup de monde. Il sera donc beaucoup lu, et rédigé et corrigé par de nombreux contributeurs, ce qui favorise la correction des erreurs. Un tel article sera donc généralement très fiable.
A contrario, un article très spécialisé comme celui sur le climat de la Charente sera beaucoup moins lu et impliquera moins de contributeurs, ce qui augmente les risques qu’une erreur n’y soit pas détecté. L’article sera généralement considéré comme moins fiable.
Enfin, à titre d’exemple, les biographies Wikipédia d’hommes et femmes politiques peuvent avoir un enjeu politique, notamment en période d’élection. En 2022, un candidat à l’élection présidentielle avait fait modifier sa page Wikipédia par son équipe de campagne afin d’augmenter sa visibilité en ligne. Contrairement aux articles scientifiques, il est difficile de juger de la neutralité d’un contenu politique, ce qui en réduit par nature la fiabilité ‘objective’.
Les réseaux sociaux
Pour les réseaux sociaux, c’est assez différent. Je parle ici des réseaux sociaux qui nous viennent immédiatement à l’esprit, comme Facebook, Instagram ou TikTok, mais également des forums en ligne, ou encore des applications de messagerie comme Discord ou WhatsApp.
Ces applications ont en commun de nous permettre de communiquer ensemble, par divers moyens, comme le texte ou la vidéo, et selon plusieurs modalités : groupe de discussion, mur de publication, messages privés, etc.
En premier lieu, il faut pointer du doigt une différence notable entre les réseaux sociaux et Wikipédia : leur objectif.
Wikipédia a pour objectif de construire une encyclopédie universelle en ligne. En ce sens, le site est construit afin de favoriser cet objectif. Il met donc en place, comme nous l’avons vu, des outils afin d’essayer de limiter les fausses informations.
Facebook, pour prendre cet exemple, n’a pas vocation à diffuser de la connaissance. Il est avant tout conçu pour permettre aux gens d’interagir entre eux, pour donner de la visibilité à leur publications, les mettre en lien. À ce titre, il n’a pas été pensé en premier lieu pour détecter et corriger les fausses informations, même si la plupart des réseaux sociaux intègrent aujourd’hui un service, souvent limité, de modération.
Mais allons plus loin. Facebook est-il vraiment un réseau social ? Eh bien ce n’est pas tout-à-fait sûr. L’entreprise qui développe l’application, Meta, a bien sûr besoin d’un modèle économique pour payer ses salariés, et financer ses infrastructures. À ce titre, elle a choisi d’utiliser Facebook comme une régie publicitaire, ce qui lui permet de mettre en lien des vendeurs, et des consommateurs.
Les données personnelles des utilisateurs de Facebook sont analysées, comme indiqué dans les CGU, afin de pouvoir cibler les publicités de manière fine. À ce titre, on peut donc envisager Facebook comme une régie publicitaire qui utilise un réseau social afin de mettre en lien des vendeurs avec des consommateurs.
Dès lors, les intérêts de Meta et des utilisateurs de Facebook peuvent diverger. Comme en témoigne cet article (en anglais) : en 2025, 10% des revenus publicitaires de Meta proviennent de publicités trompeuses ou d’arnaques. Bien qu’au courant de la situation, la société a décidé de ne pas intervenir de manière trop stricte afin de préserver son manque à gagner.
Nous sommes ici dans un cas de figure où un site internet a intérêt à tromper ses utilisateurs. Et le fait.
Malheureusement, ce genre de problème ne concerne pas que l’argent. Saviez-vous que sur Facebook, un émoji en colère a plus d’impact qu’un émoji qui sourit ? Les ingénieurs de Facebook ont compris qu’une publication suscitant la colère et l’indignation retenait plus l’attention du public qu’une publication véhiculant positif.
Pour aller plus loin sur le sujet des réseaux sociaux, je vous conseille la lecture du blog du chercheur Olivier Ertzscheid qui a énormément publié sur le sujet, et donc c’est le sujet de recherche principal (attention, c’est assez dense).
Pour résumer, il est important de se rendre compte que l’on ne peut pas attribuer le même degré de fiabilité à différents sites internet, car ceux-ci n’ont pas tous la même vocation. À ce titre, un site de vulgarisation scientifique financé par le service publique a a priori un plus grand degré de fiabilité qu’un réseau social puisque sa vocation principale est la transmission de connaissance, et non la recherche de rentabilité.
Restez vigilants
Pour illustrer les limites de la fiabilité des informations que l’on peut rencontrer, je vous propose de prendre un exemple concret. France Info, ou Le Point, sont des médias traditionnels considérés comme tout-à-fait fiables. Et dans la grande majorité des cas, ils le sont.
Cela ne les a cependant pas empêchés, en 2016, d’être victimes d’un canular et de relayer une fausse information sur la découverte supposée d’une cité maya par un astronome amateur :
- A 15 ans, un ado québécois découvre une cité maya oubliée dans le Yucatan
- Un ado a trouvé une cité maya grâce aux constellations
Cependant, quelques jours après la publication de cette nouvelle, la communauté scientifique a rapidement démontré la fausseté de cette découverte, comme en témoigne un article du Monde :
Il est intéressant de noter que les articles originaux n’ont pas été amendés depuis leur rédaction, afin de corriger l’information.
Il est intéressant de noter que même des sources très fiables peuvent dans certains cas relayer de fausses informations. Il ne s’agît bien sûr pas de se mettre à douter d’absolument tout ! France Info, pour prendre cet exemple, est un média tout-à-fait fiable dont la grande majorité des informations sont vraies et sourcées, et ce grâce au travail des journalistes. Cependant, il faut toujours garder à l’idée qu’une information peut, dans certains cas, être fausse, même si la source est une source fiable.
Quelles types de fausses informations ?
Afin de vous aider à mieux vous repérer, je vous propose de catégoriser les fausses informations selon trois types qui me semblent pertinents pour mieux les discerner :
- les canulars
- les erreurs
- les manipulations
Les canulars sont les fausses informations les plus faciles à identifier. Elles ont été créées pour amuser la galerie, et sont généralement loufoques, et tellement grosses que l’on se rend bien compte que cela n’est certainement pas vrai. Le site parodique Le Gorafi s’est fait une spécialité de ce genre d’articles, comme par exemple cette fausse interview de l’astronaute Thomas Pesquet déclarant avoir le vertige. Ce genre de fausses informations est assez facile à détecter, puisque l’effet comique ne marche que si l’on comprend que l’information n’est pas crédible. Ce qui n’avait cependant pas empêché en 2014, Christine Boutin de citer le Gorafi comme une source fiable.
Les erreurs sont plus difficile à distinguer. Nous en avons vu un exemple plus haut avec le relai par France Info d’une soi-disant découverte de cité Maya qui se révélait complètement fausse. Comme la personne relayant l’information pense être dans le vrai, il n’est pas facile de se rendre compte qu’il s’agît d’une erreur. Dans ce cas là, il faut croiser les sources, car il est assez rare qu’un ensemble de sources commette la même erreur. Dans ce cas-là, si c’est possible, demander l’analyse d’une personne compétente sur le sujet est le meilleur moyen de démêler le vrai du faux.
Enfin, les manipulations sont les fausses informations les plus difficiles à distinguer, puisque dans ce cas, la personne véhiculant l’information cherche activement à nous induire en erreur. À titre d’exemple, le président des États-Unis Donald Trump a activement propagé des fausses informations (article en anglais) lors de ses campagnes et de ses mandats présidentiels. Il a notamment déclaré que dans une commune de l’Ohio, les habitants mangeaient leur chats et leurs chiens pour survivre, information non sourcée qui a été ensuite démentie. Il a propagé ces fausses informations afin de susciter la peur chez ses auditeurs, et les inciter à voter pour lui. Autrement dit, il avait un intérêt à manipuler ses auditeurs. En général, les partis et militants politiques ont un intérêt électoral à vous manipuler, tandis que les entreprises ont un intérêt économique à vous manipuler. Il faut être particulièrement vigilant aux informations qu’ils vous présentent, et se demander s’il ont un intérêt à vous induire en erreur vous permet de mieux vous protéger face aux manipulations. Comme pour les erreurs, recouper différentes sources et se référer à l’avis d’un spécialiste sont les meilleurs moyens d’éviter de se faire piéger.
Pour aller plus loin
Defakator est un youtubeur qui s’est spécialisé dans l’étude des fausses informations. Il présente de nombreuses vidéos qualitatives où il étudie des cas concrets tout en donnant des outils d’analyses pour se prémunir des fake news.
G Milgram est un youtubeur qui décortique les arnaques commerciales qui se font passer pour scientifiques pour vendre leur produits.
La Tronche En Biais est un youtubeur et universitaire qui s’intéresse à la propagation des pseudo-sciences, et promeut le scepticisme comme barrière au fausses informations.
Monsieur Phi est un youtubeur et philosophe qui s’intéresse, entre autres, aux limites de la connaissance. Attention, c’est un peu ardu, même si les sujets sont extrêmement bien traités.
Olivier Ertzscheid est chercheur en sciences de l’information et tient un blog qui se penche, entre autres, régulièrement sur la questions des fausses informations.
La Démocratie des Crédules (2013) – Gérald Bronner : un essai sociologique qui analyse les raisons de la propagation de fausses informations sur internet, et les conséquences que ça engendre sur notre modèle politique.
Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (1987) – Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois : un essai de psychologie sociale documentant les leviers de manipulation psychologique qui peuvent, entre autres, favoriser la croyance en de fausses informations.